Facebook bouton “J’aime” versus Google Pagerank, qui va gagner ?
La grand messe de Facebook, le “Facebook f8″ vient d’avoir lieu, relayé partout dans la presse web. Le Figaro clame déjà que “Facebook a maté Google et Apple”. 01 Net Pro est plus mesuré mais indique aussi que Facebook piétine les plates-bandes de Google…
Il est annoncé notamment la chose suivante : le bouton “J’aime” que nous connaissons sur Facebook sera intégrable sur tous les sites et sur toutes les pages, en lien direct bien sûr avec le mur de celui qui aura “aimé”. Par exemple, vous surfez sur un blog, vous aimez un article, vous cliquez sur “j’aime” et il apparait sur votre mur, à la vue de tous vos amis. Vous visitez un site marchand, vous trouvez une bonne affaire, idem.
Et alors ?
Le business de Google est de fournir gratuitement du support et de l’indexation de contenu, de permettre à tout le monde d’utiliser des services gratuits pour surfer mieux et plus facilement. Cette gratuité permet à Google de connaître les contenus et de proposer des publicités théoriquement ciblées, donc des clics, donc des $$$.
Imaginez maintenant si tout le monde propose ce bouton “J’aime” sur ses pages, cela permettra à Facebook de classer ces pages non pas seulement sur le nombre de personnes qui atterrissent dessus (souvent via une recherche Google et donc en très grande partie grâce au Pagerank), mais aussi sur l’appréciation de personnes identifiées.
Ce bouton “J’aime” permettra à Facebook de recevoir des informations sur ce que vous “aimez”. Imaginez un instant la précision et l’efficacité publicitaires ! Cela permettra de passer de l’état actuel de la publicité, basée sur les statistiques de Google, à une publicité hyper ciblée, parce que basée sur ce que vous ou vos amis aimez.
Du web relationnel au web social…
Quand Google améliore depuis 11 ans son outil d’indexation automatique, le Pagerank, pour nous mettre en relation avec l’information que nous recherchons, Facebook tente de le doubler en imposant un web dit “social”, c’est à dire dans lequel chacun est acteur au sein de son groupe d’amis.
Aujourd’hui quand nous cherchons une information sur internet, nous tapons des mots-clés dans Google. Le moteur de Google nous sort des pages de résultats dont l’ordre repose sur le Pagerank de chacune des pages indexées. Concrètement, cela signifie que l’utilisateur qui se cantonne à la lecture de la première page de résultats aura une vingtaine de propositions pour répondre à son besoin, basées sur la notoriété, la fréquentation et les talents de SEO des sites web. Et basées sur son talent pour choisir des mots-clés pertinents.
Demain, le web social va devancer nos attentes et créer le besoin, et ce seront nos “amis” qui mettront en avant dans nos groupes sociaux les pages qu’ils auront “aimés”.
Le web social est un web tout puissant car ce sont nos “amis” qui nous font des recommandations, chacun a le pouvoir de devenir un (micro) leader d’opinions, de lectures, d’achats, etc… Le web social attire à Facebook le trafic (par le “J’aime”), en mettant l’utilisateur en avant, là où Google cherchait à mettre le contenu en avant pour attirer du trafic.
Le web social comble aussi certaines des lacunes du web : il nous raconte une “vraie” histoire (avec des personnages qu’on connait, nos amis) et permet d’instaurer la Confiance, denrée rare qui permet le passage à l’acte du consommateur, et permet aux entreprises de faire du commerce. Le web social permettra aussi d’améliorer la qualité des contenus car on peut surfer sur une page suite à une recherche Google, sans pour autant que le contenu en soit de qualité (voir les pages parkings). Enfin, cela permettra aussi à des “petits sites” de collectionner les “J’aime” pour leur contenu de qualité, et de rentrer dans la cour des grands encore plus rapidement.
En cela, Facebook rejoint un concept cher à Google (d’après Jeff Jarvis dans l’excellent What Would Google Do ?), c’est que l’abondance crée le choix, le choix crée la qualité.
De la dictature du Pagerank à l’ochlocratie du “J’aime” ?
Il me parait clair que le bouton “J’aime” permettra de faire des statistiques et des classements, et je ne doute pas une seconde que le Pagerank de Google va tenter de l’intégrer.
Par contre le web social aura aussi ses faiblesses parce que plus humain. Comment contrebalancer certains sujets fréquentés par des internautes qui auront le “J’aime” facile ? Comment discerner le cliqueur fou de l’internaute éclairé ? Comment croire un critique qui aime tout ce qu’il goûte ?
Enfin, sur un plan légal et éthique, quels seront nos droits d’accès et de rectification aux informations atomisées (de petite taille mais ultra nombreuses) ? Et surtout, comment monter un modèle économique éthique et viable sur ces avancées techniques ?
Peut être finalement qu’il est nécessaire que Facebook intègre les réseaux sociaux dans la toile, tout comme Google a intégré ses index. Peut être faudra-t-il que les internautes gagnent en maturité afin de tirer le meilleur parti de ces deux mondes : robots d’indexation et recommandations d’amis, l’un sûrement trop systémique et l’autre beaucoup trop organique.

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